"Nous savons tous que la presse doit payer des impôts "

Abdou Latif Coulibaly

 

"Un gouvernement doit permettre qu’il y ait une fiscalité spéciale pour la presse comme c’est le cas pour certaines Pme

Successeur du président Macky Sall, le nouveau régime vient de comptabiliser ses 100 jours au pouvoir. Pour Abdou Latif Coulibaly, ancien ministre, ex-Secrétaire général du gouvernement du régime sortant, faire l’évaluation des 100 jours, du président Bassirou Diomaye Faye et de son gouvernement, ce n’est pas facile. Un aveu que M. Coulibaly, journaliste de formation et aujourd’hui, un proche du président Amadou Ba, a fait, sur le plateau de Senshow, où il était invité.

«Je ne suis pas à l’aise, parce qu’on va croire que c’est l’opposant qui parle. Je ne dirais pas qu’il n’a rien fait, mais je ne dirais pas non plus qu’il a tout fait. Je peux, par contre comparer ce qu’ils avaient promis et ce qu’on a vu. J’ai vu un de vos confrères écrire aujourd’hui 100 jours, 100 problèmes, moi je dirais 100 jours, 200 faits qui sont contraires aux promesses faites», a dit M. Coulibaly en wolof. Selon lui, «les actions posées sont l’opposée des promesses qui avaient été faites. On apprécie, chez une autorité, à défaut de respecter tous les engagements qu’ils avaient pris dans le passé, de ne jamais tenir des propos qui contredisent ceux déjà soutenus». Des faits qu’il explique par le communiqué signé par le Premier ministre Ousmane Sonko, dans lequel il dit n’avoir pas été informé du circulaire du ministre de l’Intérieur à l’origine des opérations de déguerpissement.

Concernant le Tandem Diomaye-Sonko, il dit se démarquer de ceux qui croient à une mésentente prochaine entre les deux. «Je pense que si Diomaye, le président de la République accepte cette situation, ils pourront cheminer pendant 5 ans sans aucun souci. Et s’il y a une dualité, il faut que l’un des deux laisse faire l’autre. Ils ne doivent rien se disputer. Mais, il semble que Diomaye est dans cette posture. Donc, je ne suis pas de ceux qui croient que leur relation va finir par se disloquer. Je crois que tant que Diomaye ne change pas de comportement, ne le contredit pas publiquement, ne lui crée pas de limite dans ses actions ou dans ses déclarations, et donc le laisse faire il n’y aurait pas de souci», a fait savoir Abdou Latif Coulibaly, en wolof.

«Le Premier ministre doit comprendre qu’il n’est pas le président de la République, qu’il fasse ce qu’il a à faire, et reste plus discret»

Selon lui, «cela ne devait pas se passer ainsi, mais la situation l’oblige». Et ce, dit-il, à cause de ce renversement de situation qui a conduit chacun des deux à la place où il se trouve. «Ce qui est particulier est que le Premier ministre a choisi le président comme candidat. On est allés au scrutin et il a gagné. Alors que c’est le président qui toujours choisit son Premier ministre. Aujourd’hui, le Premier ministre doit comprendre qu’il n’est pas le président de la République, qu’il fait ce qu’il a à faire, et reste plus discret. N’empêche, il aura le pouvoir qui lui revient». Aujourd’hui devenu Premier ministre, Ousmane Sonko doit renoncer a beaucoup de choses et accepter la situation et jouer pleinement son rôle, a indiqué M. Coulibaly. A l’en croire, «le président est l’autorité suprême. II peut démettre le Premier ministre, puisqu’il en a le pouvoir légal, mais politiquement, s’il le fait, le pays fera face à des problèmes. Et je crois que cette situation que nous voyons est meilleure que les problèmes qui pouvaient résulter de leur prochaine rupture», a-t-il dit.

Pour ce qui est de la dette fiscale de la presse, il a plaidé pour un traitement beaucoup plus souple. «Nous savons tous que la presse doit payer des impôts. Concernant les conditions économiques dans lesquelles se trouvent les entreprises de presse, les responsabilités sont partagées entre l’Etat et les médias. Parce que, si on se dit la vérité, n’importe qui peut créer son journal. A Dakar, on note une centaine de journaux, chaque matin, alors qu’il n’y a pas de marché publicitaire. On a combien de radios, dans la place, sans parler des radios communautaires ? On en a vu beaucoup qui se sont lancés dans le secteur sans avoir un modèle économique», a relevé l’ancien directeur de l’ISSIC.

«L’Etat aurait dû remonter jusqu’en 1960 pour voir qui est ce qui sont propriétaires de terrain»

Selon lui, le payement des impôts obéit à des règles. «On parle de payer des impôts, mais avant de pouvoir payer des impôts, il faut d’abord pouvoir payer les salaires. On parle de prélèvement sur les salaires, mais en fait cela est théorique. Les entreprises se débrouillent pour payer les salaires», a-t-il indiqué.

Abdou Latif Coulibaly est d’avis qu’il n’y a pas de modèle économique. «Le souci dans le pays est que la presse n’est pas entre les mains des capitalistes. C’est ce qui explique tous ces soucis. Un gouvernement doit permettre qu’il y ait une fiscalité spéciale pour la presse comme c’est le cas pour certaines Pme qui ont droit au paiement d’un forfait fiscal. On peut permettre ce forfait fiscal pour les entreprises de la presse, à partir de leur chiffre d’affaires, nombre d’employés, etc. pour la presse». Parce que, poursuit-il, il faut des préalables avant qu’on leur applique les règles rigoureuses de collectes et de paiement et les chiffres d’affaires. Il faudrait, selon lui, avant de facturer une entreprise, un livre comptable qui lui permet de faire le bilan annuel. A ce sujet, il s’est voulu catégorique. «Je puis dire qu’au-delà 10 titres, il n’en existe pas un 11e qui peut faire un bilan annuel certifié».

Parlant de l’arrêt de travaux sur le littoral, pour des problèmes fonciers, il n’a pas cautionné. «L’Etat aurait dû remonter jusqu’en 1960 pour voir qui est ce qui sont propriétaires de terrain ? Combien de syndicalistes des impôts en ont ? Pourquoi le syndicaliste des impôts a droit à des terres et non un autre ? Pour le président, je ne sais pas, mais j’ai lu qu’il a 4 hectares à Sandiara. Pourquoi lui peut avoir 4 hectares à Sandiara et que les autres n’en ont pas la possibilité ?» Des interrogations qu’il a faites avant de foncer dans des explications techniques sur les Titres fonciers, les baux et délibérations.

 

(Vox Populi)